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SCHEMA DIRECTEUR D’URBANISME DE PHNOM PENH 2020

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CHHAY Rithisen, directeur du Bureau des Affaires urbaines de la Municipalité de Phnom Penh Eric HUYBRECHTS, Conseiller du Gouverneur La Municipalité de Phnom Penh

La Municipalité de Phnom Penh a élaboré le Schéma directeur d'urbanisme de la capitale à l'horizon 2020 avec l'appui de la coopération française. Ce travail s'inscrit dans la politique du Gouvernement visant à améliorer la Gouvernance et renforcer l'Etat de Droit en mettant en place les outils juridiques et institutionnels destinés à gérer l'Aménagement du territoire.

Le précédent document de planification de la métropole phnompenhoise a été adopté en 1950. Ce schéma directeur a été le principal outil d'orientation du développement urbain de la période qui s'étend de l'Indépendance à la guerre. Aujourd'hui, la stabilité institutionnelle du Cambodge et la mobilisation des compétences techniques cambodgiennes et étrangères permet d'envisager à nouveau l'établissement d'une planification stratégique et la mise en place d'outils législatif, institutionnel et financier pour mieux maîtriser le développement de la capitale.

Mettre en cohérence les politiques sectorielles

L'enjeu principal du Schéma directeur d'urbanisme est de proposer un cadre de cohérence territorial pour le développement. Il a pour objectifs de fixer les orientations de l'aménagement de Phnom Penh à l'horizon 2020 et de créer les conditions d'un développement durable pour un territoire attractif, équilibré et solidaire.  

Le contexte du développement spatial a changé d'échelle. La croissance de la population et des surfaces à urbaniser d'ici 2020 implique la mise en place de grandes infrastructures et de grands équipements qui structurent l'espace. Le développement en agglomération continue des schémas précédents est remis en cause par des développements moins linéaires qui sont liés aux nouveaux moyens de communication (motos, voitures, camions) et au changement d'échelle des infrastructures qui ont permis une extension urbaine par morceau sur un vaste territoire.

Par ailleurs, le développement rapide de l'Asie orientale crée de nouvelles concentrations de richesses mobilisables pour la réalisation de grands projets d'aménagement urbain, de grandes infrastructures ou la mise en place de structures de gestion de l'espace à des échelles larges. Phnom Penh cherche les moyens d'attirer ces financements pour mettre en œuvre les projets les plus utiles à son développement.

Le schéma directeur d'urbanisme est un document à caractère stratégique qui traduit dans l'espace les ambitions du développement de l'Etat à l'horizon 2020. Ce document sert de guide pour l'investissement public et privé. Il fixe la localisation de toutes les grandes infrastructures de voiries de plus de 20 mètres, les tracés du chemin de fer, des principaux canaux, lacs, ports, gares, aéroport, parcs et liaisons vertes. Il propose au 1/25.000ème la structure principale du réseau du domaine public. De plus, la vocation préférentielle des espaces est spatialisée.

Pour réaliser le document, il a fallu produire une trentaine de rapport d'experts de niveau international et une vingtaine de rapports intermédiaires en collaboration étroite avec les services municipaux. Les études récentes réalisées avec l'appui de la coopération internationale (principalement France, Japon, PNUD, UN-Habitat et Banque mondiale) ont été utilisées. Ces documents sont synthétisés dans le « Livre blanc du développement urbain » et dans le « Rapport de présentation du Schéma directeur d'urbanisme à l'horizon 2020 ».

Les principales orientations du document se fondent sur les lois en vigueur et les orientations du Gouvernement. Le Royaume a fait le choix de l'économie de marché (Constitution de 1993). L'opération d'enregistrement systématique des terrains, impose de s'intéresser en priorité à la délimitation du domaine public. C'est donc sur les infrastructures d'échanges, qui constituent des facteurs essentiels de la compétitivité économique, que se concentreront les orientations du schéma directeur. L'Etat est chargé de « défendre l'environnement et l'équilibre des ressources naturelles et de planifier la gestion notamment des terres, des eaux, de l'air, du vent, du système écologique (…), de l'énergie, du pétrole, du gaz, des pierres et sables (…), des poissons et des ressources aquatiques » (art. 57 de la Constitution). L'Etat a en outre « le devoir de sauvegarder et de protéger les monuments anciens, les objets d'arts antiques et de restaurer les sites historiques » (art. 69 de la Constitution). Ces aspects sont transcrit dans le schéma directeur.

Phnom Penh ne bénéficie d'aucun document d'orientation prévu par les lois de création des ministères sectoriels qui doivent pourtant fixer des directives nationales et régionales pour le développement. Un document d'Orientations stratégiques a donc été produit pour validation auprès du Gouvernement afin de pallier ces manques.

Par ailleurs, les schémas sectoriels existants au niveau local comportent de grandes lacunes et n'ont pas de cohérence entre eux. Les éléments de prospective sur lesquels ils sont basés ne correspondent pas toujours à la réalité économique et sociale. Le schéma directeur d'urbanisme sert de cadre de référence pour recalibrer ces documents sectoriels.

Quel développement économique et social ?

Phnom Penh est la seule ville importante d'un pays qui compte près d'un quart d'urbains. L'agglomération de Phnom Penh représente 9,1 % de la population du pays. Les prévisions de croissance des régions ne bouleversent pas l'équilibre actuel. La région de la Plaine verrait son poids diminuer de 51% actuellement à 48% en 2020. L'enjeu principal du développement du pays se situera dans l'aménagement des villes secondaires qui verront leur population quadrupler pendant que la population de Phnom Penh ne fera que doubler en vingt ans.

Phnom Penh est la capitale du Cambodge depuis 1862 sans interruption. Cela lui donne une place particulière et reconnue par les autorités qui doivent lui donner les moyens de tenir son rang. Les fonctions de capitale politique et économique lui permettent d'avoir un PIB d'environ 1,4 milliard de dollars (2003), 28% du PIB national, soit environ 1.140 $ par habitant, trois fois plus que la moyenne du pays. Phnom Penh est donc plus riche que le reste du Cambodge, mais encore bien pauvre : le PIB par habitant à Bangkok y est dix fois supérieur. Tant dans l'intérêt collectif que pour renforcer l'attractivité de la ville, des investissements importants sont nécessaires. Il ne faut donc pas opposer le développement de Phnom Penh, à celui du reste du pays, à qui la capitale sert de vitrine et de moteur économique (+9%/an de croissance économique). En effet, pour un certain nombre d'investisseurs, le choix n'est pas entre Phnom Penh et la Province, mais entre Phnom Penh et les métropoles concurrentes du Sud-est asiatique.

L'effort de reconstruction des infrastructures de Phnom Penh depuis dix ans a représenté plus de 540 M US$, soit environ 9% de l'effort national de reconstruction. Il est équivalent au poids de la population de la ville dans l'ensemble du pays. Le triplement du PIB de Phnom Penh depuis dix ans montre la très forte rentabilité de l'investissement public : 1,5 Mds USD investis par le secteur privé, selon le CDC, auxquels il faut ajouter la multitude d'investissements locaux inférieurs à 1 million USD qui représentent plus du double. Un dollar investi dans les infrastructures à Phnom Penh favorise huit dollars d'investissements privés. Phonm Penh offre le meilleur rendement de l'investissement public pour l'investissement global au Cambodge.

D'après les enquêtes réalisées par l'Institut National de la Statistique auprès des ménages et des acteurs économiques, Phnom Penh contribue, en 2003, à hauteur de plus de 115 MUSD au développement des provinces, soit 9% de son PIB par les transferts via le budget de l'Etat et les transferts d'argent des familles, non compris les transferts via l'investissement des Phnompenhois vers la Province. Le développement économique de Phnom Penh favorise le déve loppement des autres provinces.

La fonction de capitale du Royaume implique que les fonctions centrales de l'Etat doivent être localisées à Phnom Penh, ce qui détermine des fonctions administratives, législatives, judiciaires et exécutives au plus haut niveau du pays. Ces fonctions déterminent des activités hautement stratégiques uniques dans le Royaume qui impliquent l'accueil des représentants de l'Etat. Ces fonctions nécessitent un haut degré de représentation, notamment en matière de qualité d'aménagement spatial, de gestion urbaine et de sécurité. Phnom Penh est le reflet de la qualité de la représentation nationale.

D'autre part, les fonctions administratives et les services urbains de la capitale mobilisent une forte représentation institutionnelle locale. Les fonctions centrales qui regroupent plus de 46.000 fonctionnaires, dont un quart affecté à la Municipalité, permettent le développement d'une large activité économique dont profite le secteur privé et qui permet d'accueillir les délégations nationales et étrangères pour la tenue de rencontres internationales.

La localisation du pouvoir central et la disponibilité de main d'œuvre plus qualifiée qu'ailleurs induit la proximité des fonctions centrales des principales entreprises privées implantées dans le pays. Cela explique en partie la localisation préférentielle des activités de transformation à Phnom Penh avec près de la moitié des emplois industriels du pays.

Le secteur des services est particulièrement mobilisé par la présence des fonctions décisionnelles publiques et privées, regroupant ainsi le tiers des emplois de ce secteur au Cambodge, dont la plupart de ceux qui génèrent les plus fortes plus values.

Enfin, la présence des habitants auxquels il faut ajouter les migrations pendulaires d'environ 250.000 personnes constitue un marché de consommation important, le plus large du pays, qui génère une activité commerciale conséquente, répartie entre quarante et un marchés, une douzaine de centres commerciaux et supermarchés et des dizaines de milliers de commerces le long des rues.

La décision du gouvernement d'orienter les activités productives vers les villes secondaires, dont principalement Sihanoukville et les zones frontalières pour le marché d'exportation, permettra de mieux équilibrer le développement du territoire national. Ainsi, la production industrielle, voire lourde, devra s'implanter hors de Phnom Penh lorsqu'elle est destinée à l'exportation. De même, vu l'exiguïté du territoire municipal il est préférable de considérer son agriculture urbaine comme résiduelle et surtout tournée vers la production maraîchère et piscicole. En revanche, des activités destinées à l'approvisionnement de produits de consommation pour la population métropolitaine trouveront pleinement leur place dans les banlieues, dès lors qu'elles ne sont pas polluantes ou nuisantes. Les infrastructures d'échanges et de stockage prennent une importance particulière dans le dispositif. Pour assurer un meilleur taux d'emploi formel et limiter la formation de bidonvilles, la diversification des fonctions économiques, incluant l'accueil d'industries légères et de la construction, doit être menée.

La fonction de capitale, l'intégration du Cambodge dans l'ASEAN et l'OMC, induisent une activité importante de tourisme d'affaires. Avec plus de 50% des chambres d'hôtels, 30% des chambres en guest houses et 60% des agences de voyage du pays, Phnom Penh a l'activité touristique la plus importante du pays, devant Siem Réap mais différemment. Phnom Penh peut devenir une étape entre un tourisme culturel à Angkor et un tourisme de détente et de loisirs en bord de mer Développer ces atouts implique de mener une politique de mise en valeur du patrimoine architectural et paysager.

Phnom Penh a un certain nombre d'avantages comparatifs, notamment le coût du foncier et de la main d'oeuvre, une accessibilité correcte au niveau international et sa position sur l'axe Bangkok–Ho Chi Minh Ville. Mais un certain nombre de faiblesses doivent être réduites, notamment la faible confiance des investisseurs liée au cadre législatif, le coût élevé de l'énergie et des télécommunications, le manque de main d'œuvre qualifiée. La chute des investissements privés productifs de plus de 1 MUSD sur Phnom Penh depuis 1999 montre l'urgence de conforter ces atouts. La priorité du Gouvernement donnée à la production électrique, l'augmentation très rapide des abonnés des compagnies de téléphone et l'amélioration rapide de la qualité du réseau routier réduiront sensiblement les coûts dans les toutes prochaines années renforçant rapidement la compétitivité de Phnom Penh. Le décollage économique encore fragile auquel on assiste aujourd'hui sera consolidé par une meilleure organisation de l'espace urbain et l'optimisation des capacités des infrastructures de transport existantes.

Un territoire municipal exigu

Le territoire municipal de 375 km 2 est particulièrement exiguë en comparaison avec celui des métropoles de la région, faisant apparaître artificiellement Phnom Penh comme une petite ville, et accentuant l'effet des écarts de richesse avec le reste du territoire.

Aujourd'hui, 150.000 habitants de l'agglomération habitent en dehors des limites de la Municipalité, dans la province de Kandal, notamment à Takhmao et le long des routes nationales 1, 4, 5 et 6A. La population effectuant des migrations alternantes vers Phnom Penh est de l'ordre de 250.000 personnes. La « population de jour » de Phnom Penh dépasse 1.500.000 personnes. L'implantation des activités déborde aussi largement des limites administratives, principalement à Takhmao et le long de la RN 4 qui accueille une cinquantaine d'usines sur vingt kilomètres.

L'Institut National de la Statistique estime que la Municipalité de Phnom Penh accueillera près de 2.000.000 habitants à l'horizon 2020. Le Bureau des Affaires urbaines a projeté une estimation à 2.250.000 habitants dans l'agglomération phnompenhoise, y compris la population des communes urbaines agglomérées sur Kandal, et une population de 2.500.000 personnes vivant dans la métropole. Ainsi, un tiers de la population de Kandal sera liée par un emploi dans l'agglomération phnompenhoise. A l'horizon du schéma directeur, avec l'élargissement de l'aire métropolitaine, les problèmes de cohérence d'aménagement et de gestion urbaine vont donc s'accroître fortement si les limites territoriales de la Municipalité ne sont pas élargies.

L'amélioration des grandes infrastructures, clés du développement

Phnom Penh a atteint un niveau d'équipement supérieur à celui des années soixante-dix. Les efforts doivent être poursuivis pour donner à la capitale des prestations de niveau international. L'essentiel des infrastructures devra être réalisé en banlieue dont la population est déjà plus importante que celle des quatre khans centraux. La croissance de la population d'ici 2020 sera de l'ordre de 100.000 habitants dans les quatre khans centraux contre 600.000 dans les trois khans périphériques.

Phnom Penh bénéficie d'une situation fluviale privilégiée au croisement du Mékong, du Sap et du Bassac et d'une localisation au croisement de deux axes terrestres : l'axe Bangkok–Ho Chi Minh Ville et le corridor de développement Phnom Penh–Sihanoukville, débouché maritime international du Cambodge.

Les transports lourds se font par la route avec en complément le bateau sur le Mékong et le Sap, et le chemin de fer depuis Sihanoukville. Les points d'échanges et leur mode de gestion constituent les principaux enjeux pour les échanges externes de Phnom Penh. Les plateformes d'échanges, dont certaines seront multimodales, sont les principaux points sur lesquels il faut améliorer l'efficacité des transports pour la distribution en ville.

Il est proposé un grand itinéraire de contournement de Phnom Penh, qui existe déjà en partie aujourd'hui avec la route Panasiatique qui rejoint le sud de Takhmao, et le boulevard périphérique qui rejoint la digue de Kop Srov. Avec le pont sur le Bassac à prévoir au sud de Takhmao, il permet de mettre en relation tout le réseau des nationales qui convergent sur Phnom Penh.

Le caractère limité du marché aérien domestique et l'absence de compagnie aérienne basée d'envergure, limite l'aéroport à une fonction d'extrémité de réseau international desservie via les hubs régionaux. Son équipement actuel lui permet d'accueillir un trafic d'une importance bien supérieure aux prévisions à long terme. La proximité du centre est un atout régional appréciable. L'allongement de la piste est destiné à développer le trafic cargo et permettre le décollage à plein des gros porteurs passagers (A-380 ou B-747). Il est nécessaire d'améliorer sa desserte routière et d'encadrer l'évolution de l'environnement urbain dans l'axe des pistes.

La création de l'Etablissement public du Port autonome de Phnom Penh permet un développement plus rapide de l'activité portuaire en ville. La localisation du port en ville est un avantage comparatif par rapport à la route. L'idée de déplacer le port en aval sur le Mékong est définitivement abandonnée, sauf pour les transports présentant des risques environnementaux (hydrocarbures, produits chimiques). Il faut compléter le dispositif en optimisant les installations portuaires actuelles, en développant de nouveaux sites comme celui du Km 6 qui permet de lier le fleuve avec la route et le train.

La création d'une nouvelle gare à la convergence des réseaux existants à l'entrée ouest de l'agglomération est prévue. Le maintien de la gare au centre ville, outre sa fonction de terminus voyageurs, permet l'acheminement de marchandises approvisionnant les commerces du centre ville. Le report des fonctions de maintenance et de triage sera déplacé vers la banlieue ouest afin de libérer des espaces nécessaires au redéploiement des activités de centre ville : une partie des terrains du chemin de fer situé le long du Boeng Kak devra être réaménagée pour étendre le centre dans un cadre paysager de qualité.

La création d'une plateforme logistique est nécessaire pour traiter dans de bonnes conditions les flux de marchandises indispensables pour l'approvisionnement de la ville et pour l'exportation de la production industrielle. Dans l'économie mondiale actuelle, l'organisation des fonctions logistiques fait la différence en termes de performances économiques. Une plateforme logistique permet de regrouper des moyens (douanes, sécurité, services divers…) et d'offrir un haut niveau de services et de compétences aux entreprises. La localisation choisie est en lien direct avec la nouvelle gare proposée à Samraong et directement connectée avec le boulevard périphérique ouest. Ce site permet une bonne articulation intermodale route-fer, présente aussi l'avantage d'être proche de l'aéroport et de pouvoir être reliée par voie ferrée aux installations portuaires.

La ligne de connexion historiquement manquante entre Phnom Penh et Ho Chi Minh Ville s'avère essentielle comme vecteur de développement entre les deux métropoles pour le trafic voyageurs et marchandises. La ligne ferrée actuellement envisagée n'offre pas d'intérêt pour le moteur économique du pays. En effet, le détour via Loc Ninh jusqu'à HCMV est de 480 km, au lieu de 230 km par la route, soit plus du double rendant le train non compétitif. Il s'avèrera rapidement nécessaire de créer un nouveau lien terrestre complémentaire à la RN1 surchargée et seul le chemin de fer sera en mesure de répondre à l'ampleur de la demande. Le schéma directeur d'urbanisme réserve le tracé d'un chemin de fer direct vers HCMV avec un pont sur le Mékong au droit de Phnom Penh.

Le réseau hiérarchisé de voirie principale en trois niveaux est inscrit au schéma directeur. Il est structuré par des rocades. Le premier niveau correspond à des emprises de l'ordre de 60m, le second à des emprises de plus de 30m et le troisième de l'ordre de 20m.

Le problème de l'encombrement croissant du trafic à l'intérieur de l'agglomération, où le parc de véhicules a doublé en dix ans oblige à mettre en place un système de transports en commun. L'utilisation des voies ferrées existantes est envisagée pour faire circuler des navettes intra-urbaines. Ce système créera une ossature de desserte pour l'ouest et le nord de l'agglomération. Il devrait être complété par un système de transport en commun en site propre (bus ou tramway) vers Takhmao au sud et par une boucle de desserte à l'intérieur des districts centraux.

Un réseau de grands canaux et de boengs est aussi inscrit pour permettre un fonctionnement satisfaisant du système hydraulique et prévenir les risques d'inondation, notamment en permettant le stockage provisoire des eaux d'orage avant pompage.

Ce réseau Bleu est accompagné d'un réseau Vert qui est constitué en partie des zones d'expansion des boengs en période de pluie, et qui servent d'espaces verts publics en saison sèche. D'autres espaces verts publics non inondables sont créés sur différents terrains domaniaux (ancienne décharge, abords de boeng mis hors d'eau…). Une partie est constituée d'équipements concédés. Les zones de villages participent aussi à ce réseau vert. Les aménagements dans ces zones sont limités à des opérations de faible densité. Le réseau Vert est complété par des liaisons entre les principaux espaces verts et avec le fleuve.

De nouvelles centralités pour le développement

Il est prévu d'aménager huit centres secondaires à l'échelle de l'agglomération. Il s'agit de la nouvelle gare de Samraong à vocation industrielle et des transports ; l'entrée nord de l'agglomération à vocation de service résidentiel et de loisirs dans un cadre paysager de grande qualité ; le sud du site de Chaktomuk, avec une digue de protection à l'entrée du Bassac offrant l'occasion de créer un futur pôle de service qui pourra accueillir les plus grandes tours de la ville ; Takmao, centre secondaire à renforcer autour des activités de loisirs et de service pour une urbanisation de qualité ; la patte d'oie de la route de Chom Chao/bd Monireth/route de Cheung Ek, sur les terrains actuellement occupés par des antennes pour un centre d'appui à l'activité de production industrielle ; l'emplacement de l'antenne de Toul Kok et les terrains adjacents, où convergent les grands boulevards de Toul Kok et de la banlieue nord avec un bâtiment symbole de grande qualité accompagné de tours de moyenne hauteur ; à proximité de la future gare internationale voyageurs de l'ASEAN, au sud du Boeng Kak, pour y accueillir des bureaux et des commerces de niveau international qui font défaut au centre ville ; dans le quartier du Front du Bassac destiné à recevoir des tours qui apportent au centre ville les surfaces de bureaux et de commerces complémentaires nécessaires.

La qualité urbaine comme avantage comparatif

Phnom Penh va mettre en place une politique touristique qui s'appuie sur la mise en valeur du patrimoine archéologique, architectural et paysager. Le Plan Vert et Bleu de Phnom Penh est une composante importante du schéma directeur d'urbanisme de la ville.

Le site de Chaktomuk est pris en compte dans son ensemble. La pointe de Chrouy Changvar conservera une surface importante d'espace public non construit. Entre le pont de l'Amitié khmèro-japonaise et la pointe de Chrouy Changvar il ne pourra pas y avoir de constructions élevées. Sur la proue de la pointe de Chouy Changvar, un bâtiment emblématique de la culture du Cambodge et de l'environnement de la Vallée du Mékong est envisagé. La pointe de Chbar Ampoeuv pourra, par son échelle et son relatif éloignement du centre historique et sa proximité du centre ville, recevoir à moyen terme une très grande opération d'aménagement emblématique du Cambodge de demain. L'ambition et l'échelle de cette opération permettront de prendre en charge les problèmes techniques importants que pose l'aménagement de ce site exposé à la puissance du fleuve. Araykhsat conservera son caractère villageois et agricole pendant les vingt prochaines années. Cet espace constitue une réserve d'urbanisation à définir dans le cadre de la prochaine révision du schéma directeur. Son urbanisation dépendra de la réalisation ou non du pont sur le Mékong. Un objet symbolique fort ou un monument visible dans l'axe des jardins de Hun Sen sera implanté sur la rive est du fleuve.

Une politique du logement

L'amélioration des services urbains et des infrastructures participe à l'amélioration de l'Habitat. De même, la dynamisation du marché foncier et immobilier répond de plus en plus aux besoins en logements diminuant ainsi la pression pour la formation de quartiers informels. Toutefois, la production de logements formels peu chers ou de terrains à bâtir accessible pour la population démunie est le problème le plus difficile à résoudre. Cela concerne plusieurs milliers de familles chaque année. Cinq orientations sont définies pour résoudre la question du logement :

- fluidifier le marché foncier et immobilier pour développer l'offre du secteur privé pour toutes les catégories de population. Un Observatoire du foncier et de l'immobilier avec des réunions régulières qui regroupent les acteurs concernés sera mis en place pour partager l'information, faciliter l'activité des investisseurs et structurer la profession des promoteurs immobiliers. Ce dispositif est complété par la mise en place des prêts à des taux incitatifs destinés à solvabiliser une plus grande part de la population.

- développer l'offre foncière en donnant la priorité à la réalisation des infrastructures de base (routes, eau potable, électricité, drainage, transports en commun) dans les banlieues dont les terrains sont moins chers.

- développer une offre foncière réservée aux populations démunies sur des terrains privés de l'Etat (concessions sociales, terrains achetés par une Agence foncière à créer) en banlieue, aménagé avec des petites parcelles et faiblement équipé.

- développer le marché locatif social privé en centre ville par des opérateurs privés grâce à une densification mesurée des immeubles en ville, une politique incitative pour la réhabilitation des immeubles collectifs anciens du centre historique et grâce à des mesures incitatives (réduction de taxe sur le locatif social, prêts long terme à taux préférentiels, réduction des coûts de branchement…),

- mieux intégrer les quartiers informels qui peuvent être maintenu sur place, tout en délocalisant les occupations illégales du domaine public.

La mise en œuvre du schéma directeur d'urbanisme

La mise en œuvre du schéma directeur d'urbanisme se fonde sur six orientations :

1 – le renforcement des capacités des administrations locales. La coordination entre les services internes municipaux doit être complétée par une coordination avec les Etablissements publics autonomes et avec les acteurs économiques et sociaux. Cela suppose un accompagnement par la coopération internationale sur les outils de la mise en œuvre de la planification urbaine : définition de la programmation pluriannuelle, formation de chefs de projets, management de coordination interservices, mise en place de l'Observatoire des marchés fonciers et immobiliers, mise en place du Comité de suivi de l'Agriculture urbaine. Trois réunions annuelles doivent être organisées entre tous les acteurs concernés pour définir la programmation annuelle et pluriannuelle. L'adoption de la prochaine loi Organique sur la répartition des compétences des administrations locales vise à renforcer les moyens décisionnels et financiers des échelons déconcentrés et décentralisés. L'ampleur de cette évolution déterminera les capacités de mise en œuvre locale.

2 – le renforcement de l'autonomie financière locale. Les analyses économiques montrent que la production de richesse à Phnom Penh constitue un potentiel qui permettrait de mobiliser en grande partie les moyens financiers nécessaires pour réaliser les infrastructures et les équipements nécessaires au développement urbain. Trois taxes locales sont envisagées : une taxe locale d'équipement, fondée sur la valeur des opérations présentées lors du permis de construire, destinée à financer les infrastructures et les équipements ; une taxe locale annuelle sur la valeur locative de l'immobilier en dur, destinée à financer les équipements dus à la densification de la ville ; une taxe locale annuelle sur la valeur du foncier utilisé et non utilisé destinée à financer les frais de fonctionnement des administrations locales. Chacune de ces taxes doit faire l'objet d'une répartition entre les différents échelons administratifs.

3 – la définition de réglementation urbanistique à l'échelle des sangkats. L'Etat doit définir des règles générales pour les alignements le long des réseaux principaux et à proximité d'équipements générateurs de risques (aéroport, port, chemin de fer, cimetière, usines polluantes). Les autres règles sont à l'échelle du voisinage et du projet de quartier et doivent être fixées sur la base d'une participation locale. Les chefs de sangkat élus doivent s'impliquer largement de la Municipalité pour faire adopter des règles bien comprises par la population.

4 – la préservation des grandes emprises : adoption par le Cadastre municipal de la délimitation des emprises du domaine public pour le passage des grandes infrastructures de voirie, de canaux, des réservoirs d'orage, des cours d'eau et des grands équipements structurants de la métropole (aéroport, ports, chemins de fer, plateforme logistique, université, stades, grands espaces verts, zones écologiques).

5 – mise en place d'une Banque de l'Habitat et d'une Agence foncière destinés à réserver les terrains et à solvabiliser la population dans le cadre de la nouvelle politique de l'Habitat.

6 – Mise en œuvre des actions d'urgence, notamment pour supprimer les inondations en ville, réaliser les grands canaux et les grandes voiries, ainsi que les ouvrages d'art qui y sont liés.

Des outils réglementaires et opérationnels pour mieux gérer la ville

La Municipalité de Phnom Penh franchit une étape importante de son développement en adoptant un document de planification stratégique pour son développement économique, social et spatial à l'horizon 2020.

Elle est en mesure de proposer des actions de développement dans un cadre de cohérence territoriale qui faisait défaut depuis des décennies. La coordination entre les secteurs et entre les échelles de développement constitue un enjeu difficile que doit assumer la Municipalité.

La mise en œuvre du schéma directeur d'urbanisme constitue une nouvelle phase de développement qui sera déterminante pour l'adoption des outils de gestion à la fois sectorielle et localisée. Cette phase devrait voir se mettre en place de nouveaux outils de gestion de la ville qui répondent mieux aux objectifs de lutte contre la pauvreté par la solidarité et le développement économique, de développement durable par une politique paysagère et d'assainissement, et de renforcement de la Bonne gouvernance par une plus grande autonomie locale.

Les débats en cours sur l'adoption de la nouvelle loi organique et l'appui de la coopération internationale pour aider la Municipalité à mettre en place ses outils de gestion urbaine (réglementations, projets opérationnels) seront déterminants dans la maîtrise du développement.

 

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